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Les 5 coupelles de Licinius



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"Je suis à Licinius": lorsque cinq petites coupes se mettent à parler

Dans une maison antique, une belle découverte…

En 1992, les fouilles de la Rue de la Gare à Nyon mettent au jour deux domus romaines, grandes maisons qui occupaient chacune un îlot quadrangulaire d’environ 1000 m2. Organisées autour d’une cour centrale à portique, ces habitations étaient courantes dans les agglomérations des provinces romaines. Toutes proches des commodités du centre-ville (forum, marché, thermes…), elles devaient chacune appartenir à une riche famille nyonnaise qui y habitait avec ses esclaves et employés.  

Dans l’une d’elles, sous l’effondrement d’un mur en terre crue, cinq petites coupes en céramique d’environ huit centimètres de diamètre ont été retrouvées. Elles étaient certainement rangées sur ou dans un meuble en bois qui a dû s’effondrer lors de la destruction du mur et qui a aujourd’hui disparu. 

Des céramiques bien reconnaissables

Deux des coupelles (les premières à gauche en haut et en bas sur la photo) proviennent clairement des ateliers de potier du sud de la Gaule, des céramiques dites « en terre sigillée », reconnaissables à la couleur rouge orangé et brillante de l’enduit qui les recouvrait. Grands centres de production, ces ateliers exportaient leurs marchandises dans tout l’Empire romain, jusqu’aux confins orientaux de la Méditerranée. Il n’est donc pas étonnant d’en retrouver régulièrement des exemplaires en territoire helvète. 

Les trois autres coupelles sont de forme et dimension similaires aux deux précédentes. De facture légèrement moins fine, elles proviennent de fours de potier de la région. Au vu du succès des importations, les artisans ont volontiers repris le répertoire des productions gauloises, dont on vient de parler, qui sont elles-mêmes inspirées des terres sigillées italiques. Les céramiques régionales de ce type sont d’ailleurs appelées des « imitations de sigillées » et sont produites principalement en Helvétie. 

Ces coupelles sont généralement considérées comme des vases à boire, probablement du vin, breuvage de tradition romaine plus que gauloise. Bien que le vin importé d’Italie soit apprécié par les Gaulois, ceux-ci buvaient traditionnellement de l’hydromel et de la cervoise, servis dans des gobelets, vases plus haut que des coupes et dont le col est légèrement refermé. 

Quand la céramique permet de dater 

Les récipients en céramique et en particulier les terres sigillées sont de précieux marqueurs pour les archéologues. Comme aujourd’hui, la vaisselle romaine était soumise au changement des modes et la production des céramiques évoluait avec le temps et le savoir-faire des artisans. Ainsi une coupe d’un certain type pouvait être produite pendant quelques décennies avant d’être abandonnée au profit d’une autre forme qui paraissait alors plus moderne. Grâce à de longues études comparatives, il est aujourd’hui possible de dater la période de production de chaque type et ceci permet de donner une datation souvent assez précise d’un ensemble de céramique. 

Concernant les cinq coupelles de la Rue de la Gare, il est probable que leur propriétaire ait réuni son vaisselier durant la première moitié du premier siècle après J.-C. et plus particulièrement dès 30 après J.-C. – l’une des formes n’étant pas produite avant cette date.

Quand les objets parlent

Regardons ces coupes plus attentivement : deux d’entre elles sont inscrites d’un nom, Licini « de Licinus », tandis que deux autres ont une phrase gravée sur le côté, Li(ci)nus sum « je suis celui de Licinus ». Ces mots ont été tracés par le propriétaire des vases, un certains Licinus, qui a voulu faire savoir au reste de la maisonnée que ces coupelles étaient bien les siennes. La cinquième coupelle ne porte pas de graffito, mais faisant partie du même lot, elle devait certainement lui appartenir également. 

Les marques de propriété sur des objets domestiques sont relativement courantes et font partie de ce que les archéologues appellent « inscriptions mineures » ou graffitis. Selon une étude récente (R. Sylvestre, Les graffitis…, 2017), rien que dans la cité d’Avenches, 1828 graffitis de tout type auraient ainsi été découverts (sur céramique, sur enduit mural ou sur d’autres supports, des exercices d’école, des indications de contenu ou des inscriptions votives…) dont 483 marques de propriété.

Qui était ce Licinus ? Faisait-il partie des propriétaires de la maison ? Ou était-il esclave ou employé de la famille ? Il est malheureusement impossible d’y répondre. En effet, il existe de nombreuses occurrences de ce nom en Gaule ou même à Rome et il peut désigner autant de citoyens romains que d’esclaves, affranchis (anciens esclaves) ou pérégrins (hommes libres ne bénéficiant pas des droits d’un citoyen romain). 

L’identité et le statut de Licinus devront ainsi rester mystérieux, mais nous pouvons toujours nous l’imaginer, gravant avec soin son nom pour éviter de devoir partager ses coupes avec d’autres, ainsi que nous le ferions aujourd’hui avec nos affaires personnelles.  

Malika Bossard
Guide et chargée d'inventaire au Musée romain de Nyon, diplômée en archéologie

 

Un peu de lecture : 

  • Collectif, Musée romain de Nyon Colonia Iulia Equestris, un site, un musée, Gollion, Infolio, 2019.
  • Richard Sylvestre, Les graffiti sur céramique d’Aventicum (Avenches). Éléments de réflexion sur la population du Caput Ciuitatis Heluetiorum, Avenches, Documents du Musée Romain d’Avenches, n°28, 2017.
  • Thierry Luginbühl, Imitations de sigillée et potiers du haut-empire en Suisse occidentale : archéologie et histoire d’un phénomène artisanal antique, Lausanne, Cahiers d’archéologie romande n° 83, 2001.
  • Thierry Luginbühl et Annick Schneiter, Estampilles régionales et graffiti : inscriptions mineures de la Colonia Iulia Equestris, Nyon, Rapport au Musée Romain de Nyon, 1998.

 

Fiche technique:

Coupe

 

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