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Que fait la police?



Que fait la police?

Tout d’abord, il convient de préciser que « la police », au sens où nous l’entendons aujourd’hui, n’existait pas à l’époque romaine. S’interroger sur son équivalent antique implique de mieux cerner le contexte de criminalité et d’insécurité chez les Romains. 

L’insécurité, c’est-à-dire l’exposition de manière générale à une menace, était bien entendu répandue à l’époque romaine, et sous plusieurs formes. Contrairement à la tendance actuelle, il était alors aussi plus dangereux de vivre en milieu rural qu’en ville. L’insécurité y était plus répandue que dans les grandes villes, symboles de civilisation où la société était mieux organisée. En dehors, les déplacements et les routes représentaient une entreprise de tous les dangers dans un milieu peu contrôlé.

Les commerçants et voyageurs étaient les premières victimes des vols et des agressions de brigands, les latrones. De nombreuses pierres tombales, portant la mention du décès, font référence à ce type de meurtre. Les victimes pouvaient aussi être kidnappées contre rançon ou être vendues en esclavage.

Des troupes militaires durent être placées dans certaines zones pour protéger les voyageurs. L’armée était en charge d’une partie de la sécurité intérieure et se devait d’imposer l’autorité de l’Etat. On détachait parfois des cohortes hors des camps militaires afin d’assurer des missions au sein de la province. Ces unités avaient alors une fonction proche de celle que nous pourrions attribuer à la police. Elles pouvaient aussi récolter les impôts, contrôler les postes routiers ou les stations douanières. 

La vie urbaine possédant elle aussi ses revers, c’était à la garde prétorienne (section avec des unités d’élite de l’armée qui assuraient plus généralement la protection de l’empereur) et aux troupes présentes de maintenir l’ordre en ville. A l’époque impériale, garantir la sécurité des citoyens romains devint un enjeu majeur qui permettait aussi d’attester de la puissance de l’empereur. Même si les agressions étaient d’un autre genre dans les cités, la population n’était pas épargnée par les crimes en tous genres. Entre autres : incendies criminels (souvent pour créer une confusion propice à d’autres méfaits), vols (allant du vol simple dans la rue à celui commis par les effractores qui s’attaquaient aux entrepôts publics, les horrea, mais aussi aux demeures de riches particuliers, et jugés dès lors bien plus sévèrement), rixes et bagarres (les bagarres « usuelles » servant à laver un affront étant traitées à part), ou encore assassinat.

En grande partie, les vols et les meurtres étaient liés à la domesticité. L’entourage jouait aussi un rôle, les mauvaises actions étant généralement en lien avec des actes de malveillance et de jalousie. A préciser que même si l’insécurité était en grande partie l’œuvre de criminels ou de marginaux, les couches sociales privilégiées n’étaient pas été en reste en matière de criminalité…

Il est difficile d’évaluer l’ampleur réelle de ces méfaits, ne disposant pas de statistiques pour cette époque. Il existe cependant certains témoignages matériels tels que les nombreuses protections mises en place par la population : serrures complexes, barreaux aux fenêtres, coffres et caisses, murs d’enceinte, présence de loges pour d’éventuels gardiens ou chiens de garde avec le célèbre cave canem, « Prends garde au chien !», parfois visible sur certaines mosaïques … Ces mesures constituent des indices du besoin de protection recherché par les citoyens d’alors. 

Il était ainsi impératif pour le pouvoir impérial de maintenir la sécurité. Des vigiles et des troupes militaires assuraient une présence urbaine aussi bien de jour que de nuit. Même si on ne connaît pas le nombre exact de soldats déployés, les historiens semblent majoritairement penser que ce nombre dépassait celui des forces de l’ordre dans nos villes modernes. 

Bien que des unités aient été mises en place pour protéger les citoyens, il arrivait que certains, lésés, préfèrent faire appel à une aide et une justice divine. Les archéologues ont ainsi pu retrouver de nombreuses tablettes de malédiction, des defixiones. Même si la mort était parfois réclamée en punition, le plus souvent il était laissé aux divinités le choix du châtiment. Ces tablettes constituent l’un des rares témoignages archéologiques décrivant le type d’objets généralement dérobés à l’époque romaine. Il est ainsi possible de constater que les habits étaient le bien le plus souvent subtilisé (généralement aux thermes) suivi de l’argent puis des bijoux, notamment les fibules permettant d’attacher les vêtements. Dans les utilitaires, il s’avère que la céramique de cuisine n’était pas épargnée. Plus que pour sa valeur, la colère de la victime était ici liée à la frustration due à la perte d’un objet utile… Les noms des voleurs sont souvent cités, ce qui laisse à supposer que mis à part des cas de soupçons infondés, les victimes connaissaient les malfaiteurs et que les délits étaient fréquemment commis dans l’entourage…

Concernant Nyon à la période romaine : deux stèles de cette époque, portant une inscription mentionnant un « préfet à la répression du brigandage », sont aujourd’hui visibles au Musée. La première stèle, connue depuis 1660, avait été réutilisée dans une muraille de cimetière et ornait jadis une tombe. L’inscription y relate la carrière de C. Lucconius Tetricus, qui l’a notamment conduit à la préfecture à la répression d’actes de brigandage. La seconde stèle, découverte en 1978 lors de travaux entrepris rue du Prieuré 2, présente une dédicace en l’honneur de Quintus Severius Marcianus, lui aussi nommé préfet à la répression du brigandage au cours de sa carrière.

Il demeure beaucoup d’inconnues autour de cette fonction mystérieuse : l’une des théories est que ce poste servait à garantir la sécurité des routes traversant le Jura, dont celles des cols de Saint-Cergue et de la Faucille. Cette hypothèse ne séduit pas totalement les chercheurs, cette fonction étant attribuée par Rome aux troupes militaires. Par ailleurs, il n’existe aucun témoignage archéologique (construction de forts, présence de garnisons …) permettant d’étayer l’idée d’une région particulièrement troublée. Certains ont pu voir cette charge comme une magistrature municipale de la Colonia que son fondateur, Jules César, aurait inscrite dans la constitution pour surveiller les agissements des tribus helvètes locales. Mais cette hypothèse reste peu convaincante : les Helvètes et les Romains étaient liés par un traité, à ce moment-là. La dernière piste est suggérée par le fait que trois inscriptions similaires, dont l’une trouvée en Allemagne, près du Rhin, ont  été retrouvées proches de voies d’eau (lac, rivière) et donc peut-être aussi de ports : , il pourrait s’agir d’une fonction en lien avec la répression d’actes de piraterie, courants notamment à l’époque de Marc Aurèle (162-180) … 

La criminalité reste malheureusement une thématique intemporelle face à laquelle les hommes n’ont pas toujours eu les outils qu’ils désiraient. Cependant, bien que la police n’existait pas encore sous la forme où nous la connaissons au XXIe siècle, la société romaine, de façon encore plus marquée sous la période impériale, a tâché d’en poser les bases, s’assurant d’une forme de sécurité et de contrôle de la criminalité sur l’ensemble de son territoire.

Flore Higelin
Guide et auxiliaire au Musée romain de Nyon, diplômée en archéologie et doctorat en cours.

 

Un peu de lecture : 

  • G. Erhard, « Nyon à l'époque romaine et sa lutte contre le brigandage », Genava 50, 2002, 309-316
  • P. Hauser, C. Henny, V. Rey-Vodoz, F. Rossi, Musée romain de Nyon : Colonia Iulia Equestris, Gollion, 2019
  • A. Hirt, « La présence militaire », in : L. Flutsch et al. (dir.), Quand la Suisse n’existait pas, le temps des romains, SPM 5, Bâle, 2002, pp. 64-71
  • Hélène Ménard, « L'insécurité de la Rome impériale : entre réalité et imaginaire », Histoire urbaine, n° 2, 2000, pp. 59-71, https://www.cairn-int.info/revue-histoire-urbaine-2000-2-page-59.htm (consulté le 01.12.2020) 
  • M.-F. Meylan Krause, « Sécurité – insécurité », in : L. Flutsch et al. (dir.), Quand la Suisse n’existait pas, le temps des romains, SPM 5, Bâle, 2002, pp. 298-302
  • M. Reuter, R. Schiavone (dir.), Gefährliches Pflaster : Kriminalität im Romischen Reich, Mainz, 2011

 

 



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