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Vivre dans une maison romaine



Vivre dans une maison romaine

« Pourquoi je rejoins souvent ma petite campagne de la sèche Nomente * et le pauvre lare de ma maison des champs ? Tu le demandes ? C’est que dans la Ville (Rome), Sparsus (nom masculin), il n’y a moyen ni de méditer ni de dormir. Pas de vie possible avec les maîtres d’école le matin, la nuit les boulangers, et les marteaux des chaudronniers tout le jour (…) ». Martial **, Epigrammes, XII, 57

Quoi de plus actuel que de traiter du fait de vivre dans une maison romaine à l’heure de notre confinement ! A l’instar d’aujourd’hui, il existe plusieurs espaces de vie. La domus, l’insula ou encore la villa sont trois termes latins qui désignent des types d’habitation différents, selon que l’on se trouve dans la capitale (à Rome), en ville ou à la campagne et en fonction de ses finances. 

Un habitat tourné vers l’intérieur

La maison traditionnelle romaine porte le nom de domus. L’architecte romain Vitruve écrit au Ier siècle av. notre ère un traité sur l’architecture qui en détaille ses caractéristiques. De plan quadrangulaire, elle est articulée autour d’un espace carré à ciel ouvert, appelé atrium, qui distribue les différentes pièces et constitue la principale source de lumière de la maisonnéeDe l’extérieur, peu de fenêtres au rez-de-chaussée ne permettent d’imaginer l’élégance et la taille de son intérieur. 

La domus est l’affaire du maître de maison (dominus) : le pater familias des gens qui vivent avec lui (sa femme, ses enfants et son personnel servile). Le propriétaire d’une telle maison dispose généralement d’une fortune importante et gère ses biens. Les travaux manuels sont réservés aux esclaves et aux classes basses de la société. 

  • Partie publique 

Le dominus pratique le clientélisme. Quotidiennement, celui-ci reçoit dans sa demeure ses clients qui viennent le saluer et sont récompensés en échange de leur vote en sa faveur. Ceux-ci arrivent devant la porte d’entrée bordée de part et d’autre de boutiques et pénètrent dans la maison. Sur le sol pavé de mosaïques, il est fréquent de voir Méduse ou un chien de couleur sombre, si ce n’est un vrai molosse, défiant les visiteurs d’une quelconque fraude ! Ceux-ci longent le couloir avant d’arriver dans l’atrium, pièce d’apparat de la partie publique de la demeure. Ils contournent l’impluvium, petit bassin situé en son centre, qui recueille l’eau de pluie tombée du toit par le compluvium. Ils passent devant le laraire de la domus, petit édicule souvent en forme de temple, qui constitue le lieu des cultes domestiques. Les clients sont reçus dans la pièce visible dès leur arrivée, qui est située en face du couloir après l’atrium. Cette pièce est nommée tablinum. Afin de s’entretenir à l’abri des oreilles indiscrètes, d’épais rideaux ou cloisons de bois peuvent isoler cet espace majeur pour le maître de maison. Il y règle ses affaires mais y dépose aussi ses archives familiales

  • Partie privée

Une fois les services rendus, le maître de maison quitte ses convives et prend un repas frugal avant de se rendre aux thermes. Les activités des autres membres de la famille sont diverses. Les enfants reçoivent l’éducation de leur pédagogue, jouent et s’occupent de leurs animaux de compagnie (chiens, oiseaux etc.) et les femmes font leur toilette, aidées de leurs ornatrices pour la coiffure et l’habillement. Elles se rendent aux bains publics, pratiquent le filage et le tissage de laine et s’occupent de l’économie domestique. 

La préparation du repas du soir, la cena, est réalisée par les esclaves dans la cuisine située souvent au fond du complexe. Il s’agit du repas le plus copieux de la journée, qui se prend dans le triclinium. Celui-ci peut donner sur un petit hortus – jardin utilitaire – ou un péristyle, un jardin d’agrément de plus grande dimension et décoré de bassins, fontaines, sculptures etc. La salle à manger est en forme de U pour permettre d’accueillir des lits afin que les hôtes puissent manger allongés, se servant sur des tables basses devant eux. Ils boivent du vin qu’ils coupent avec de l’eau. La pièce peut être éclairée par des candélabres en pied. Il est possible d’admirer les parois aux décorations polychromes ou figurées de natures mortes et entendre de là le chant des oiseaux. Une fois le repas terminé, la tradition veut qu’on ne prenne pas ce qui est tombé au sol. Le chien déambule librement dans la maison et profite de se nourrir des restes alimentaires de ses maîtres. 

L’étude des vestiges archéologiques permet d’identifier ces espaces et les objets qu’ils renfermaient, parfois en excellent état de conservation, comme dans les cités enfouies sous les cendres de l’éruption du Vésuve en 79. 

Les logements collectifs

A Rome ou à Ostie, la surpopulation et le manque d’espace font exploser les prix et nombreux sont ceux qui vivent dans des insulae, c’est-à-dire des logements multiples à plusieurs étages, autrement dit « des cages-à-poules ». Souvent mal construites par des spéculateurs en quête de profit, certaines peuvent atteindre jusqu’à 30m de haut au risque de s’effondrer par manque de solidité et d’entretien ! 

Ces logements sont accessibles par des escaliers externes ou internes qui aboutissent à des appartements de quelques pièces seulement, voire d’une seule pièce, éclairées par de petites fenêtres ouvertes sur la rue, sans apport en eau courante ni latrines. 

On y dort mal à cause du bruit infernal des boulangers et des livraisons en carrioles la nuit. Les besoins se font dans un pot de chambre qu’il est nécessaire de vider ! les autres tâches s’effectuent au dehors : on va chercher l’eau à la fontaine la plus proche, on se rend aux latrines publiques, aux thermes (bains publics) ainsi que dans les petits commerces et boulangeries pour manger au comptoir. Un petit brasero mobile permet de se réchauffer tant soit peu pendant les nuits fraîches et les journées d’hiver et des lampes à huile aident à trouver son chemin dans l’appartement une fois la nuit tombée. 

Les villae suburbaines

En dehors de la cité, les villae suburbaines comprennent plusieurs bâtiments, une ferme et ses dépendances ainsi que des terres agricoles tout autour. Mais l’attrait croissant des Romains pour les loisirs les poussent à se construire des maisons de plaisance, proches de Rome ou dans ses lieux privilégiés pour fuir la chaleur écrasante de la ville en été. Elles peuvent être munies de pièces encore plus nombreuses, dédiées aux loisirs et l’ensoleillement des pièces est étudié en fonction des saisons. 

Dans nos régions romanisées, les mœurs sont un peu différentes. Toutefois, à Nyon, une insula à la place Bel-Air ainsi que des domus à la rue de la Gare ont permis d’identifier des zones d’habitat romain dans la colonie, du 1er au 3ème siècle de notre ère. Enfin, des villae suburbaines ont été fouillées sur les collines et plateaux avoisinants, leur offrant une vue imprenable sur le lac et les Alpes.  

* La petite cité de Nomentuml'actuelle Casali di Mentana, se situe dans le Latium, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Rome, et était reliée à Rome par l'antique via Nomentana (Chevallier 1997, p. 180-181; Radke 1972, p. 146).

** Poète latin du Ier siècle de notre ère.

 

Mila Musy
Guide et auxiliaire au Musée romain de Nyon, diplômée en archéologie

 

Un peu de lecture : 

Auteurs antiques

  • Martial, Epigrammes, XII, 57, texte établit et traduit par Pierre Richard, in : M. Rat, Anthologie des poètes latins. Des origines au VIe siècle après Jésus-Christ, II, Paris, Librairie Garnier Frères, p. 321, n°32.
  • Vitruve, De architectura, texte établi par Pierre Gros et traduit par Louis Callebat, Marie-Thérèse Cam, Philippe Fleury et all., Paris, Les Belles Lettres, 2015. 

Littérature secondaire

  • R. Chevallier, Les voies romaines, Paris, 1997.
  • Collectif, Musée romain de Nyon Colonia Iulia Esquestris, un site, un musée, Gollion, Infolio, 2019.
  • G. Radke, « Nomentum », Kleine Pauly, Band 4, Stuttgart, 1972, p. 146. 
  • C. Salles, La vie des Romains au temps des Césars (Montréal 2004).
  • C. Schucany, M.-F. Meylan Krause, Vivre au quotidien, in : L. Flutsch et al. (dir.), Quand la Suisse n’existait pas : le temps des Romains, Bâle, Société suisse de préhistoire et d’archéologie, 2002, p. 217-264.

 

 



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